Lettre à ma future ex-banque

Paris, le 1er juin 2016

 

Chère future ex-banque,

Que te dire sinon les regrets que j’éprouve face à la fin inéluctable de notre histoire commune

Tout avait pourtant si bien commencé

Une fidélité à toute épreuve puisque du haut de mes 38 ans je cumule 18 ans au sein de tes agences …

… au gré de mes déménagements, de l’évolution de ma vie professionnelle et personnelle

Partageant ainsi avec toi le bonheur d’ouvrir un nouveau compte en ton sein à chaque nouvelle étape de franchie

Plaçant ainsi à chaque fois chez toi mes économies en fonction de tes incontournables recommandations

Et, forte de cette longue histoire commune et partagée, réalisant il y a de cela 11 mois maintenant l’ouverture d’un compte encore plus précieux que les autres… celui de mon tout premier compte professionnel !

Parce que oui, comme bon nombre de femmes aujourd’hui cumulant une forte expérience professionnelle mais rattrapée par des impératifs d’organisation du travail et (surtout) de gestion de temps, mon besoin de flexibilité et de sens a fait de moi une « jeune » entrepreneure.

Et si j’ai fini par osé me lancer, c’est aussi parce que je t’ai cru

A l’issue de ma formation « 5 jours pour Entreprendre » à la CCI Paris je t’ai présenté mon projet, mon BP, mon plan de financement ainsi que mes statuts t’informant de mon capital social de 15 000 euros.

Je dois reconnaître que tu m’as aussitôt chaleureusement soutenue et encouragée à ouvrir ce nouveau compte et à me lancer dans cette nouvelle aventure professionnelle

Nous serions désormais, selon tes propres mots une… « équipe »

Parce que mon projet, « tu y croyais » !

Les mois ont passé, le projet s’est développé. Tu t’es dite fière de son évolution et quand, récemment, je suis venue partager mes craintes d’avoir 3 à 4 mois de difficultés pour poursuivre mon « autofinancement personnel » durant ce temps de décalage entre la signature des premiers contrats et les paiements, tu t’es aussitôt écriée « qu’il n’était pas question que je me retrouve en difficultés durant cette période de 3 à 4 mois. » Tu as ajouté combien « je gérais bien la situation et que l’argent existait, tu allais donc m’en trouver. »
Parce que nous étions une « équipe ».

Et moi, forte de nos 18 années partagées, je l’avoue, je t’ai crue.

J’avais omis de vérifier un point essentiel, à savoir, ta définition (très) personnelle du mot « équipe ».

Durant toutes ces années, en tant que rédactrice en chef et productrice de programmes TV indépendante et donc, intermittente du spectacle, c’est moi qui ai contribué à faire entrer de l’argent dans ta grande société

Depuis 2 ans, j’auto-finance intégralement mon changement de vie professionnelle.
Et pour me donner un maximum de chance, je me suis également payée une formation à l’entrepreneuriat au sein de la #CCI Paris. Et ce sans attendre de savoir si elle me serait prise en charge ou pas.

Là, j’ai scrupuleusement étudié les différentes possibilités de structures juridiques.
Et sur la SAS mon choix s’est porté

La raison tu l’as connais, je l’ai toujours très clairement identifiée : je suis mariée sous le régime de la communauté de biens et ce choix d’entreprendre est un choix personnel. Je désire ne pas engager mon mari dans cette prise de décision. Les conséquences peuvent être suffisamment grandes pour moi, je ne tiens pas à entraîner mon partenaire de vie personnelle dans une aventure professionnelle que lui ne souhaite pas connaître. Et à risquer « le patrimoine familial » comme tu le dis si bien.

La solution que tu m’as alors proposé pour palier à mes difficultés financières : la mise en place d’un prêt personnel pour les 3 à 4 mois à venir, le temps de traverser cette période de décalage de trésorerie. Selon toi, ma situation s’y prêtait, j’étais une cliente fidèle et fiable et tu savais que mon PEL et mon assurance vie te garantissait plusieurs fois la somme totale du prêt en question Et que les contrats commençaient à rentrer.

C’est ce que tu as avancé pour me convaincre que ce prêt était la meilleure solution

Et puis, quelques temps après, tu m’as rappelée.

Il y avait en réalité une autre condition à l’obtention de ce prêt, « pas grand chose, c’est même juste une formalité mais…  il faudrait que votre mari signe le prêt lui aussi ».

Alors, chère co-équipière, comment te dire toutes les pensées qui me traversèrent et me traversent encore l’esprit depuis cette phrase énoncée et toutes les autres que j’ai eu la surprise d’entendre durant cette même conversation ?

Petite précision, tu as justifié cette subite demande de signature maritale par un impératif de rentrée de salaires pour accorder un prêt. Excuse-moi chère co-équipière, mais quand tu m’as proposé cette solution de prêt personnel pour 3 mois, c’était bien en toute connaissance de cause ! A savoir : je ne me salarie par encore, bientôt mais pas encore. Ce qui est particulièrement propre à toute création d’entreprise.

Alors pourquoi me faire cette offre de prêt personnel puis m’annoncer que sans salaire tout prêt est impossible et que sans signature de mon mari, je n’aurais rien ?

Que de temps perdu tu ne trouves pas ? Tu aurais peut-être pu m’annoncer directement que j’allais devoir trouver d’autres modes de financements. J’aurais compris que c’était la règle du jeu et j’aurais mis mon énergie et mon temps à chercher une solution.

Parce que je savais bien que toi et moi ne partagions pas les mêmes contraintes de temps, mais à ce point ! Tu m’as scotchée sur place.

Chère future ex-banque, quand tu entreprends, s’il y a bien quelque chose d’absolument précieux, c’est le temps ! Parce que tu te trouves dans une course contre la montre. Et que chaque jour, chaque minute, chaque seconde compte !

Alors tu vois, en y repensant, je crois bien que le plus dur pour moi face à la situation dans laquelle tu m’as subitement plongée a été de parvenir à garder mon contrôle, à ne pas m’emporter et de surtout, surtout, à rester polie. Il se trouve que je suis en pleine phase d’apprentissage de la politesse avec ma petite fille de 2 ans 1/2, je lui dis et redis combien je serai intransigeante sur cette fameuse politesse mais Ohhhhhhhh que parfois c’est difficile !

Pour ce faire, je vais rester dans le factuel en reportant tes mots :

« Sans la signature de votre mari vous n’aurez pas de prêt »
« Vous voulez le beurre et l’argent du beurre »
« Si vous étiez célibataire vous ne recevriez même pas cette proposition »
« Si vraiment vous persistez dans votre choix de faire cette demande seule revenez vers nous d’ici environ un an 1/2, nous reconsidérerons votre situation »
« Franchement, ce serait quand même important que votre mari s’engage lui aussi et signe ce prêt. Nous faisons nous la démarche de nous engager, il pourrait le faire aussi. Ce serait une preuve de sa foi en vous et en votre projet. »

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Heu… Comment te dire chez co-équipère ?

 

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Ouf !!! Voilà c’est ça !

Et ça fait du bien !!!!!!

 

Mon projet porte justement sur le changement de vie professionnelle pour les femmes et de fait, sur l’entrepreneuriat au féminin
Il est très souvent question des freins et des barrières que les femmes se mettent apparemment souvent dès qu’il est question d’argent.

Alors permets-moi de te replanter le décors :

La femme qui « veut le beurre et l’argent du beurre » s’auto-finance sur ses économies personnelles depuis 2 ans.

Cette même femme vient de fonder une association nommée #lserealisent www.lserealisent.com et de créer sa société de production digitale et audiovisuelle

Cette femme a passé des mois à interviewer sur le terrain et à ses frais des femmes et des entreprises pour comprendre les manques et les besoins actuels en terme d’évolution de carrière et d’emploi et pour transformer son idée en un véritable projet professionnel

Cette femme est en train de se créer son propre emploi et de tout faire pour en créer d’autres autour d’elle

A cet effet cette femme est entourée d’une équipe formidable de professionnel-les engagé-es à cet côtés et déterminé-es elles et eux aussi à faire évoluer les choses et notre société

Des femmes et des hommes qui se mettent eux aussi professionnellement en danger puisqu’eux aussi ont fait le choix d’agir plutôt que de simplement constater
Et pendant qu’elles, ils agissent pour créer, elles, ils ne sont bien entendu pas payés.

Pourtant, le travail est bel et bien réalisé, du lundi au dimanche, et ce du matin jusqu’à pas d’heure les soirs comme les nuits.

Cette femme ne te parle même pas de son capital retraite absolument inexistant durant toute cette période de travail intense mais non reconnue

Cette même femme s’est également engagée auprès de son mari à mettre toutes les chances de son côté sans pour autant mettre tous leurs oeufs dans le même panier

Cette femme a un mari qui lui, s’est engagé il y a quelques années à se tenir à ses côtés pour le meilleur et pour le pire
Cette femme a un mari qui a ainsi respecté et compris son besoin d’entreprendre alors que lui-même n’a pas de goût pour cela.

Et si l’entrepreneuriat peut se révéler dangereux pour bien des raisons, il est terriblement inconscient et grave de vouloir émousser plus que de raison la pointe de l’épée de Damoclès au dessus de l’entrepreneur-e et de la placer dans un même temps au dessus de la tête de son mari /épouse
Parce que quitte à prendre le risque d’échouer dans ma création d’entreprise, si tu pouvais, chère co-équipière, ne pas me pousser à mettre en danger, en péril même, mon couple et ma famille au grand complet cela pourrait m’arranger
Mon mari aussi
Notre petite fille aussi

D’autant que je trouve, permets-moi de te le signaler, particulièrement vicieux de chercher à faire endosser à mon mari le rôle de bourreau sans coeur, responsable de la non attribution du prêt. Quel beau coupable idéal !

Et là, là, tu vois, chère future ex-banque, j’ai vraiment beaucoup de mal à rester polie

Le supposé partenaire financier, c’est toi chère banque
Le supposé partenaire d’entreprise, c’est toi chère banque

Tu peux m’imposer tes lois et tes choix
Mais ne t’avise certainement pas de t’immiscer au sein de ma vie privée

« Diviser pour mieux régner », comment te dire que là encore… tu ne pouvais pas trouver pire méthode pour me convaincre de convaincre mon mari de signer ton prêt

S’il y a bien une chose que j’ai en horreur, c’est la lâcheté.

Ne t’avise ainsi plus jamais de tenter de faire porter le chapeau à un autre que toi, quand bien même ce serait la politique maison, votre signature « home made » à vous

Si tes valeurs sont lâcheté, couardise, essorage et démolition nous n’avons effectivement rien à partager et je te prie de rester bien peureusement de ton côté

Et pour ton information, si l’envie me prenait de proposer à mon mari de s’engager dans cette aventure entrepreneuriale, autant te dire que ce ne serait pas en lui demandant de signer ce prêt, t’engraissant ainsi encore un peu plus. En tant que partenaire de vie personnelle, je lui ferai une offre de Love Money en échange de parts de la société.

Mais quoi qu’il en soit tout ceci ne te regarde pas

Ne te regarde plus

Alors pour toutes ces raisons et malgré nos si chaleureux mais stériles échanges de ces derniers mois, je tenais, chère banque, à te signifier l’arrêt de notre collaboration.

La fin de notre « équipe »

D’autant que suite à ton ultime proposition si généreuse de revoir d’ici un an1/2 ma demande de prêt pour les 3 mois en cours, je ne vois plus pourquoi ni comment rester ta partenaire si fidèle.

Tu me connais, je ne lâche pas le morceau si facilement aussi j’ai bien évidemment tenté le bout du bout en te demandant s’il existait éventuellement d’autres solutions

Mais « non »

Rien

C’est moche.

D’autant que j’ai eu la chance de travailler et collaborer avec des hommes et des femmes qui m’ont transmis et appris qu’il n’y avait jamais de problème sans solution. Et que c’était une chose d’identifier un obstacle insurmontable et d’énoncer un problème, mais qu’il était toujours primordial de se montrer force de propositions. Parce qu’à force de propositions, d’échanges et de partages, l’obstacle insurmontable devient contournable.

Ce n’est apparemment pas dans ta philosophie. Encore moins dans ta ligne de conduite. Les mots engagements et équipe n’ont en réalité aucun sens pour toi.

En revanche le sentiment de déception est désormais chez moi à la hauteur de tout ce que tu n’es pas.

C’est pourquoi, chère future ex-co-équipère, je m’en vais
Je ne prétends pas que l’herbe est plus verte ailleurs, en revanche notre présent fait tâche sur notre passé et je ne désire plus entendre parler d’avenir avec toi

18 ans plus tard notre histoire se termine ainsi

Je suis une entrepreneure qui se fait à la force du poignet, c’est à dire comme tous les entrepreneur-es, comme elle le peut, pendant que tu me snobes depuis ton bureau bien au chaud puisque selon toi le débat est clos. Je n’ai donc plus aucune énergie à te consacrer désormais et encore moins de temps.

Je passerai signer les papiers pour récupérer mes comptes et te rendre mes clés, enfin mes cartes pro et perso

Et nous poursuivrons notre vie chacune de notre côté

Je te souhaite bon vent dans tes engagements

Je souhaite à ma société, mon projet, à toutes mes équipes et à moi-même que nous parvenions à faire aboutir l’ensemble de nos projets, à être payées pour le travail que nous fournissons et à créer des emplois tout autour de nous !

Pour L, les femmes toujours en 1ère ligne sur ce front de l’emploi aujourd’hui,
Pour L, nos filles, les futures femmes actives de notre société
Pour Eux, les hommes, parce qu’une société est constituée de femmes et d’hommes. Et qu’il n’y a qu’en agissant ensemble que nous pourrons faire évoluer Notre société.

Alors oui, les femmes, oser entreprendre comme il est écrit partout ! Sur les murs fb, sur la majorité des twittos inspirants, dans les conférences, les interviews … oui oui #oser ! #osons ! Vive l’#entrepreneuriat féminin ! C’est effectivement si bon d’oser, de se lancer et de créer !

En revanche, aidez-nous à #oser !

Parce que c’est  beau de l’écrire sur de jolies brochures et de le proclamer à haute voix… mais de notre côté, sur le terrain, on les voit les dégâts relatifs à cette formidable injonction d’entreprendre à tout va !

Les femmes restent aujourd’hui encore le socle, le pilier de leur famille (et ce qu’elles soient en couple ou célibataires, divorcées, pacsées ou même veuves). Dans les freins identifiés à l’entrepreneuriat féminin, la peur de mettre en péril sa famille est l’un de plus tenaces.
D’ou l’injonction complémentaire de bien s’entourer. Et de faire notamment « équipe avec son partenaire bancaire ».

Là se trouve un des véritables freins à l’entrepreneuriat féminin. Ils sont où les partenaires solides et fiables ? Des partenaires engagés pour qui les mots sont synonymes d’actions.

Dis moi chère future ex co-équipière, ils sont où ces derniers ?

Tiens, tu m’y fait penser ! On ne sait jamais…

Avis de recherche !
#partenairebancairevaleureuxetengagé
#partenairebancairepasdepacotille
#stopaublablaouialaction
#partenairebancaire #entrepreneuriat #uneaventurehorsducommun

Parce que des femmes qui prennent des risques, qui osent, qui se démènent pour monter leur boîte, créer leur propre emploi et créer des emplois autour d‘elles, nous en voyons tous les jours ici ! Lors de notre tout 1er événement, 1 000 d’entre elles sont venues écouter et partager avec des femmes d’action !

Et les partenaires potentiels alors, où sont-ils ?

Chère future ex-banque, je vais te le dire moi, quel est le partenaire le plus courant et commun à toutes ces femmes qui veulent entreprendre ou qui ont entrepris : la solitude.

Une belle et profonde solitude !

Pour leurs homologues masculins, la solitude aussi est présente. Soit. Mais pas de la même manière.

Parce que oui, en 2016 les femmes ont bien du mal à lever des fonds
Parce que oui, en 2016 il faut encore demander à son mari la permission
Parce que oui, en 2016 c’est encore vu comme une chance d’en avoir un. Sinon, ce n’est apparemment même pas la peine d’essayer de créer

Alors oui, en 2016, il serait bon d’entendre parler

Valeur, Talent et Compétence

plutôt que d’hommes ou de femmes,

ou, plus concrètement encore, que d’entendre parler

de couilles ou d’ovaires

Et pouvoir ainsi (enfin) décrocher des aides financières et/ou lever des fonds en fonction de son potentiel et de celui de son projet et non pas en fonction de son sexe.

Chère future ex-banque, merci d’avoir si bien démontré tout ce pour quoi nous avons décidé il y a quelques mois de nous lancer dans l’action ! Et d’oser tenter de réaliser nos projets et de créer nos emplois.

Bon repos à toi

Et longue et belle vie à toutes celles et tous ceux qui ont fait le choix d’agir envers et contre tout ! Que ce soit dans l’entrepreneuriat ou dans leurs divers projets de vie !

#reve #volonté #construction #ensemble #synergies #depassementdesoi #valeurs #courage #desir #joie #realisations
#lserealisent

www.lserealisent.com

Cendrine Genty

Présidente & Fondatrice L se réalisent. Journaliste & Productrice TV.

1 commentaire
  1. Bravo pour le travail déjà accompli ! Vous avez raison de vous séparer de votre banque, j’espère qu’une personne travaillant dans une banque vous lira et vous aidera. Les banques ne sont pas nos meilleures alliées dans l’entreprenariat, elles veulent bien nous prêter contre des garanties ou quand on a plus besoin d’elles.

    Merci pour vos articles, je partage bien sûr cet article 😉

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